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De nos jours: le "Sindicat de Regants"


Perwebmaster- Publicat el 01 Maig 2010

 De nos jours: le "Sindicat de Regants"

Un événement politique majeur et novateur va définitivement mettre un terme favorable, sinon totalement satisfaisant, à cet ère chaotique et archaïque: la Constitution de 1812, libérale, consacre l'abolition du système féodal, la reconnaissance des droits civils et de la propriété privée. Dans son esprit et son application elle amorce l'appropriation définitive de l'eau par les usagers.

Passant sur les péripéties et les revers chronologiques de cette conquête sociale, voyons quelle est la situation actuelle de cette activité sur la vallée de Soller.

Elle prévaut également avec quelques nuances sur les autres zones de l'île doté d'un régime similaire, mais c'est à Soller que j'habite !

Sur l'ensemble de la cuvette on dénombre 120 sources exploitées, dites "fonts" certaines, rares, à usage privatif unique, mais la plupart à usage collectif, et regroupés par site d'exploitation. Chaque ressource est la copropriété d'usagers réunis sous une forme coopérative appelée "Sindicat de Regants" identifié par le nom de la font: par exemple "de la Font de s'Olla", la plus abondante de Soller.

Une assemblée élue, la "Junta", assure la gestion de la ressource, des moyens de mises en oeuvre et des redevances des usagers.

Chaque usager adhérent bénéficie d'une attribution d'eau exprimée en heures hebdomadaire de distribution, quota appelé "tantes". Ce mode de partage est le plus judicieux, assurant une répartition équitable du débit, variable en fonction de la saison.

Ce quota, lié au patrimoine foncier et proportionnel, en principe, à la surface agricole exploitée, fait part intégrante du titre de propriété. Toutefois, au gré des morcellements, héritages ou abandons de terres agricoles pour urbanisation par exemple, ce quota est cessible et morcelable.

Par exemple, mon beau père majorquin a acheté, en 1948, une petite fraction de 30 minutes d'eau par semaine aux héritiers d'un gros propriétaire foncier de Soller , émigré à Porto Rico au 19ème qui disposait de 7 heures d'eau. La maison de mon épouse dispose d'origine de 72 minutes pour un terrain de 3000 m2. Un réservoir de 120 m2 assure l'irrigation d'une cinquantaine de fruitiers, orangers en majorité.

Pour assurer la distribution la Junta recrute un employé, le "siquier", chargé d'acheminer l'eau, chaque semaine, à chaque usager, durant la période sèche, du mois de mai au mois de septembre. Le reste de l'année l'accès au réseau est en principe libre.

Cet employé manoeuvre successivement les vannes en série et amène le quota d'eau, en temps, à chaque site d'usager, une fois par semaine. En général la "tante" est surabondante et le remplissage du "safareig" se fait plus rapidement, sauf en année de pénurie d'eau. Il reçoit une rétribution appelée "menade" directement payée par l'usager au prorata du temps alloué. Il est aussi rétribué par la Junta pour assurer entretien et nettoyage des canaux.

Le gros entretien et réparation de l'ensemble du réseau est à la charge du Sindicat et se répartit également entre les usagers au prorata des "tantes" .

Mais quand la ville a commencé les travaux d'adduction d'eau sous pression, fin des années 50/60, elle a passé des contrats d'achat d'eau avec les différents sindicats pour assurer la ressource municipale. Ces ressources financières assurent dorénavant la couverture des charges d'entretien.De plus des subventions du Govern des Baléares et des Fonds Européens ont permis la rénovation globale de tout le réseau, considéré à juste titre comme d'utilité publique et patrimoine culturel.

Les grands principes de ce mode d'exploitation traditionnel restent donc inchangés. Des améliorations techniques avec des matériaux modernes ont permis d'améliorer la fiabilité du réseau et diminuer les pertes en ligne, tel l'entubage en PVC. Les puristes ont néanmoins exigé des rénovations à l'antique des conduites ouvertes avec tuiles de terre cuite sur certaines zones. De sérieuses économies d'eau ont été réalisées par amélioration des techniques d'irrigation. Quand j'ai commencé à m'occuper du jardin de mon épouse l'arrosage se faisait une fois par semaine en ouvrant la vanne basse du" safareig" et en creusant des tranchées à la pioche pour amener et dévier successivement l'eau dans chaque rigole circulaire autour de chaque arbre: travail éreintant et consommation aberrante par infiltration dans les rigoles d'amenée. J'ai vite installé un système d'arrosage journalier et programmable en "goutte à goutte" avec pompe haute pression et réseau de tubes à orifices multiples calibrés, d'ou une diminution drastique de la consommation pour une efficacité bien supérieure et une évidente facilité d'exploitation. Ce système est en marche de mai à fin septembre.

La pérennité de ce mode de gestion de l'eau et de ses dispositifs traditionnels associés est assurée pour le futur.

Parallèlement les pouvoirs publics ont procédé à des investissements massifs en moyens et méthodes modernes pour faire face aux développement de la société d'aujourd'hui: bouclage et consolidation des réseaux d'adduction à l'échelle de l'île avec moyens de pompage de grande puissance, construction de deux grands barrages d'altitude, captages de sources excentrées à fort débit par pipe, dont un sous marin arrivant dans la baie de Soller, pour réalimenter par pompage et réinjection les nappes phréatiques du centre de l'île, usines de désalinisation d'eau de mer pour faire face à la demande saisonnière lié au tourisme. Des projets de terrains de golf supplémentaires, dont les besoins en eau sont énormes, ont été annoncés dans la plaine centrale, zone agricole active. La population locale et et les associations nature de l'île se sont très fortement mobilisés contre cette aberration économique et écologique. Les promoteurs espagnols n'ont fort heureusement plus les mains aussi libres qu'auparavant pour poursuivre les désastres antérieurs.

Ceci est évidemment une autre histoire, mais on ne peut s'empêcher de constater que la mise en place de ce progrès et l'apparente disponibilité sans limite de l'eau qui en résulte ont créé un sentiment d'irresponsabilité chez l'usager.

La culture traditionnelle de l'eau et le souci permanent de la préservation de cette richesse vitale s'estompe progressivement face à une certaine perte du sentiment collectif de la communauté îlienne, au consumérisme individuel, et à des intérêts économiques puissants.

Michel WALLER

Nota de traducció: La Francès versió d'aquest contingut es mostrat perquè la Català traducció no està disponible.
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